Tracklist: 1) Saved 2) Cannock Chase 3) Fool Me a Goodnight 4) It Must Be Love 5) Gimme Some More 6) Blue Lady 7) Love Oh Love Oh Love 8) Crying Laughing Loving Lying 9) Hotel Room Song 10) My Song 11) Till Forever 12) Come On Michael
Il y a peu, ma copine me faisait découvrir une cover de la chanson Bless The Telephone et en m'assurait qu'il s'agissait d'une chanson célèbre. Intrigué car je n'avais jamais entendu parler de cette chanson, une recherche sur internet m'appris que la version originale était en fait d'un artiste dénommé Labi Siffre. Labi Siffre, ce nom m'était familier... Oui, je le connaissais via la chanson I Got The..., célèbre pour avoir été samplée par Eminem pour son morceau My Name Is. J'étais surpris de constater que Bless the telephone et I Got The... avaient été composés par le même artiste, puisque le contraste entre les deux est saisissant: on a d'une part une ballade minimaliste à la guitare et de l'autre un groupe complet jouant du soul/rock.
L'album Remember My Song faisait partie de mes marque-pages contenant mes dernières découvertes musicales à réécouter, mais je ne l'avais écouté que ponctuellement sans vraiment accrocher. Cette découverte de la chanson Bless The Telephone me réincitait à explorer de nouveau cet album. Et un jour que j'avais mis l'album en musique de fond, je tombais sur la chanson My Song. Et là coup de foudre !
Cette ballade au piano démarre par des accords qui font immédiatement penser à du Burt Bacharach (This Guy's In Love With You par exemple). Puis la voix de Labi démarre, nous emmenant directement dans un univers magique. La musique est mélancolique mais les paroles particulièrement assertives, et le tout est enrobé dans un message d'amour. Et quelle claque dans la coda : That as long / As I live / I will sing my song
.
Ce qui m'a naturellement conduit à l'album auquel appartient cette chanson: Crying Lauging Loving Lying. Disons-le tout de suite : Labi Siffre est sans doute l'artiste le plus sous-estimé que je connaisse (mis à part Gilbert Laffaille peut-être). Il m'aura d'ailleurs fallu pas moins de 15 ans pour tomber dessus.
L'album s'ouvre avec Saved, un morceau acapela qui est pour moi le moins intéressant de l'album. En contraste la deuxième chanson est Cannock Chase, ma préférée de l'album dont la guitare et les mélodies m'emportent loin. Les vocalises, l'orchestration, et le point d'orgue mélodique (Oh, I know I'll be down again with my old friend / This friendship never ends / The blues is always the same
), cette chanson est tout simplement sublime.
Le reste de l'album est constituée de ballades acoustiques, mais toujours avec des moments mémorables. Fool Me a Good Night, dont le pont fait penser à du Simon & Garfunkel. It Must Be Love et son refrain entraînant, un des temps forts de l'album dont on notera le “hook„ : Nothing more / Nothing less / Love is the best
. Blue Lady, un morceau plus atmosphérique. Bien sûr Crying, Laughing, Loving, Lying, la chanson titulaire de l'album. Et également 'Till Forever une chanson sacharrinée très courte.
Entre ces ballades acoustiques, deux morceaux plus rythmés et bluesy, ponctués par des sons d'orgue: Gimme Some More et Love Oh Love Oh Love. Les chansons plus génériques sont selon moi Hotel Room Song, dont les paroles explicitent clairement que Labi manquait d'inspiration en l'écrivant (Last night, there was nothing to write about, that's why I'm writing this song
) ou Come On Michael qui clôt l'album. Mais même si l'écriture est plus faible, elles sont suffisamment courtes et contiennent assez d'idées musicales pour rester intéressantes (comme le pont vocal sur Come On Michael).
En conclusion, Labi Siffre démontre pour moi sur Crying Lauging Loving Lying qu'il maîtrise à la perfection l'art de composer des ballades aux mélodies marquantes, et signe là un petit chef-d'œuvre qui gagnerait à être connu.
Tracklist: 1) Would You Like To Go ? 2) Blind As You Are 3) Song To The Magic Frog 4) Fallen Angel 5) Spinning, Spinning, Spinning 6) Know Yourself 7) Musty Dusty 8) Lament Of The Astro Cowboy 9) White Linen 10) Misty Mirage 11) Believe You
Parlons aujourd'hui d'un album inconnu, pur produit psychédélique californien sorti tout droit de l'année 1969 : Saturn Rings d'un groupe nommé pour l'occasion Michele, d'après sa chanteuse, Michele O'Malley. Formé autour de Curt Boettcher qui n'en est pas à son premier coup d'essai, plusieurs des chansons présentées ici (Song To The Magic Frog, Would You Like To Go, Spinning, Spinning, Spinning), sont déjà parues une année plus tôt sur l'album Present Tense du groupe Sagittarius. Voire même encore plus tôt via le premier groupe réunissant les protagonistes, intitulé The Ballroom.
L'attraction principale de l'album est la voix de la chanteuse Michelle O'Malley, qui transcende les mélodies. Au niveau des thématiques de l'album, nous sommes en plein trip psychédélique que ce soit au niveau de la musique ou des paroles, comme nous le verrons. L'album s'ouvre avec Would You Like To Go qui donne directement le ton : Would you like to go / Back to the land / That you and I once knew
. Mantra acidulé, dont on notera le pont vocal à 01:39.
Mais c'est avec Blind As You Are que le voyage commence véritablement. Ici aussi, les paroles évoquent l'expérience psychédélique, et le fait que l'on puisse passer sa vie sans l'avoir vécue et rester ainsi « aveugle ». La magie du morceau, qui rend cet album si attachant, c'est celle de nous faire remonter le temps pour nous faire vivre un peu de ces années oniriques. Démarrant comme une ballade lente, le morceau se transforme brièvement à 01:32 en un rocker plus dynamique ponctué par la voix claire de Michele, avant de se reposer délicatement. On retrouvera par ailleurs des bruitages destinés à émuler le trip psychédélique, comme des sweeps de synthé/pédale entrecoupés de flûte.
Nous arrivons alors à Song To The Magic Frog, la chanson la plus emblématique de l'album et la meilleure version jamais sortie du titre. La prestation de Michele lors du refrain (Will you ever ? / Will you ever know ?
) laisse de délicieux frissons dans le dos. Témoin d'une époque passée, voici un titre qui nous transporte sur une autre planète. Ce que j'aime beaucoup avec l'époque psychédélique, c'est cet entrelacement avec le merveilleux associé à la période de l'enfance, que l'on retrouve ici via les sons de boîte de musique (produits par une percussion de type glockenspiel ?). Esprit enfantin, qui sera pleinement assumé sur le titre Musty Dusty, évoquant avec nostalgie les jouets, avec une Michele aux intonations de bambin.
Spinning, Spinning, Spinning est un autre chanson poplette inspirée par le LSD : We're spinning, spinning, spinning / Through this magic land
. Les paroles sont ici guidées par un gimmick basé sur d'apparents paradoxes (A crippled told me taught how to dance / etc.
). Si Spinning, Spinning, Spinning est la réponse à Would You Like To Go, on trouve un même parallèlisme entre Blind As You Are et Know Yourself, une autre ballade sympathique avec un refrain folk-rock typique.
Parlons enfin des quelques casseroles de l'album. Fallen Angel est le passage obligé psychédélique, avec ses sonorités orientialisantes mêlé à un blues à base de violon ainsi que des tabla. Rien de très captivant : en a entendu un, on les a tous entendu, bien qu'on puisse une fois de plus apprécié le chant dissonant de Michele. Autre incontournable : la purge improvisée interminable... Ici, ça se passe sur Lament Of the Astro Cowboy, 8 minutes où le groupe tourne en rond dans un filler générique, et mou, quasiment stoned.
Parmi les derniers morceaux de l'album, qui ont un goût d'inachevé, de démos, on trouve encore White Linen qui démarre avec un petit côté My Favorite Things, est entremêlé de parties en 3/4, mais ne décolle cependant jamais. Quant à Misty Mirage qui démarre comme une ballade psychédélique, malheureusement le refrain se perd dans un cliché plan-plan. Même thème encore une fois : We see what we want to see / While the rest of the world is lost in the fog
. Nous terminons par Believe You, une chanson passe-partout hippie, qui ne va nulle part, tous comme les « solos » de violon qui ressemblent à des rendez-vous ratés.